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Les acteurs de l’éducation aux médias en France et en Allemagne : une approche comparative

Etude de cas sur la désinformation

Sabine Bosler

Cette communication s’appuie sur les résultats d’une recherche doctorale menée entre 2016 et 2020 (Bosler, 2020), réactualisée en 2025, pour s’interroger sur les acteurs de l’éducation aux médias en France et en Allemagne qui contribuent à en dessiner les contours, mais également à la concrétiser sous la forme de ressources à destination des enseignants. Les ressources ne sont pas neutres, ce sont des productions discursives situées (Seurrat, 2025) ; comme l’indique Normand Landry, « (…) Le développement des savoirs en éducation aux médias exige que l’on s’intéresse aux conditions, aux milieux et aux acteurs qui en structurent la pratique » (Landry, 2017 : 61). Qui sont donc ces acteurs ? Dans quelle mesure leurs différents positionnements contribuent-t-ils à orienter les approches pédagogiques, les concepts retenus ou encore les thématiques abordées ? Pour observer cela de manière plus fine, nous nous appuierons sur une étude menée en 2025, portant spécifiquement sur les ressources traitant de la désinformation. Celle-ci a été désignée comme « problème public » à partir de 2016, marquée par l’élection de Donald Trump aux US et du Brexit au Royaume-Uni, et a connu une médiatisation importante. Portée principalement par des journalistes, « entrepreneurs de cause », dans le but de valoriser le journalisme traditionnel et ses méthodes de travail (Vauchez, 2022), elle a trouvé un écho dans les politiques publiques, notamment européennes, avec une visée politique consistant à réduire les ingérences extérieures dans les processus démocratiques.

Le critère d’intégration dans le corpus était que les ressources soient mises en avant par des acteurs de référence. Pour le cas français, nous avons donc collecté les ressources valorisées par Eduscol, les académies et sur Edubase (N = 50). Pour l’Allemagne, nous avons réuni les ressources pédagogiques promues par les centres médiatiques régionaux (N = 101). Nous avons observé des similitudes et des différences. Parmi les points communs, on trouve certains acteurs (enseignants, associations, médias audiovisuels publics). Des deux côtés, on trouve un objectif de défense de la démocratie, citant le contexte de la guerre en Ukraine ou le trumpisme, ainsi qu’un enjeu de culture scientifique suite à la pandémie et aux enjeux d’information sanitaire, notamment autour des vaccins. Les méthodes pédagogiques sont similaires : explication du phénomène et du fonctionnement des médias, création d’infos fausses, méthodologies de vérification, jeux etc. Les deux pays utilisent le même vocabulaire (« fake news ») ce qui va dans le sens d’une forte circulation de cette formule à l’international. Enfin, la production de ressources est dans les deux cas décentralisée et produite par un nombre important d’acteurs différents.

Parmi les spécificités, on trouve les corps de métiers concernés. En France, les professeurs documentalistes sont parmi les premiers auteurs de ressources pédagogiques. Ce métier n’a pas d’équivalent en Allemagne, où les bibliothécaires scolaires ne font pas partie du corps enseignant. En Allemagne, il s’agit des « pédagogues des médias », formés dans des cursus dédiés à l’université. Les journalistes, notamment regroupés sous forme de fédérations, sont plus présents côté français. Le terme « esprit critique » y est souvent mobilisé et on observe, toujours côté français, une approche biologisante (« contagion » de fausses informations et esprit critique vu comme « remède » ou « vaccin »). Les ressources en Allemagne font davantage référence au risque de manipulation, sans utiliser de vocabulaire biologisant. Enfin, le format vidéo / film est plus présent en Allemagne et plus de références y sont faites à des projets européens (Klicksafe par exemple).

Cette étude montre que les ressources sur la désinformation reflètent les configurations d’acteurs propres à chaque pays. Si la France et l’Allemagne partagent des objectifs communs, reflétant un socle européen de valeurs axé notamment autour de la défense de la démocratie et de la santé publique, leurs approches restent marquées par des traditions professionnelles et institutionnelles distinctes. L’analyse des ressources pédagogiques éclaire ainsi la construction des savoirs en éducation aux médias.

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