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Faire ensemble : les ressources pédagogiques en EAM comme dispositifs d’interprofessionnalité

Sébastien Grau

Le Conseil Supérieur de l’éducation aux médias (CSEM) constitue un espace d’interprofessionnalité en réunissant des représentants de l’enseignement, de l’éducation permanente, des médias, de la culture, de la recherche et des pouvoirs publics. Son fonctionnement repose sur des groupes de travail qui favorisent la coordination des acteurs et la production collective de ressources. Ainsi, les expertises se croisent afin de construire des outils adaptés à différents publics.

Les ressources pédagogiques produites par le Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM) ne sont jamais le travail d’un acteur isolé. Elles sont conçues à partir de collaborations entre professionnels issus de secteurs variés (éducatifs, culturels, médiatiques et associatifs) et jouent un rôle de médiation entre des savoirs, des pratiques et des objectifs parfois différents. Ces dispositifs d’interprofessionnalité incarnent trois dimensions complémentaires du « faire ensemble » : concevoir ensemble, agir ensemble et apprendre ensemble.

Dans la phase de conception, plusieurs modèles de collaboration apparaissent. Certaines collections, comme « Tronc commun », traduisent les référentiels scolaires en outils pédagogiques concrets grâce à la coopération entre enseignants de disciplines et de niveaux variés. D’autres, comme « Actimédia » ou « Repères », associent experts thématiques et spécialistes de la pédagogie afin de rendre des contenus complexes accessibles aux publics visés. Enfin, des dispositifs tels que « Questions vives » ou la Semaine de l’éducation aux médias reposent sur des partenariats durables entre institutions éducatives, associations et médias, la ressource devenant alors un véritable outil de mise en réseau.

Le « faire ensemble » se manifeste également dans la diffusion et l’utilisation des ressources. Celles-ci ne servent pas uniquement à transmettre des contenus, mais aussi à créer des liens entre secteurs professionnels qui collaborent rarement au quotidien. La Semaine de l’EAM illustre particulièrement cette logique en coordonnant des acteurs issus de l’école, de la jeunesse, de la culture et des médias autour d’objectifs communs. Les ressources deviennent ainsi des vecteurs d’action collective et de circulation des savoirs.

Enfin, le collectif constitue le ressort pédagogique central dans les productions diffusées par le CSEM. Ces dernières encouragent en effet l’échange, la confrontation des points de vue et la co-construction des savoirs. Alors que l’esprit critique est trop souvent envisagé comme une compétence à développer de manière individuelle, les ressources du CSEM privilégient des dispositifs d’apprentissage collectif et le conçoivent comme une pratique sociale qui se développe dans l’interaction avec les autres. Selon les dispositifs, ce collectif d’apprentissage peut prendre la forme du groupe-classe, de la famille, d’un réseau d’éducateurs ou encore d’une communauté temporaire, mobilisée autour d’un projet commun.

Les ressources du CSEM apparaissent ainsi comme des lieux où se négocient simultanément des conceptions de l’éducation, des savoirs médiatiques et des manières de travailler collectivement, illustrant une éducation aux médias fondée sur la coopération, la réflexion et l’action partagée. Les démarches collaboratives entreprises pour construire ces ressources ne suppriment pas totalement les rapports de pouvoir et les inégalités de légitimité entre acteurs. Le « faire ensemble » est à interroger pour ce qu’il permet en matière de coopération, mais pourrait l’être aussi pour les déséquilibres qu’il maintient. Se pose alors la question des conditions permettant de faire de cette coopération un véritable espace de réflexion et d’action partagées.

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