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Introduction

Ingrid Mayeur & Élise Schürgers

La journée d’étude « L’éducation aux médias et ses parties prenantes » (ULiège, 21 mai 2026) s’est donné pour projet de croiser deux problématiques : d’une part, celle de l’interprofessionnalité dans le domaine de l’éducation aux médias, compte tenu d’un contexte institutionnel où les enseignants sont incités à développer des partenariats avec des opérateurs culturels et médiatiques ; d’autre part, celle des ressources pédagogiques comme objet de recherche et de questionnement, à partir duquel observer cette dimension interprofessionnelle.

L’éducation aux médias repose en effet sur un éventail d’expertises et des savoirs pluriels (scientifiques, professionnels, profanes, etc.), mobilisant de ce fait une diversité d’acteurs. Ceux-ci peuvent avoir des représentations propres quant à ses visées, des méthodes tributaires de leur identité professionnelle (enseignants, journalistes, artistes, animateurs, etc.), et se trouvent néanmoins amenés à collaborer au sein d’activités éducatives. Les « éducation à » semblent, de manière générale, favoriser ces collaborations, dès lors qu’elles entendent répondre à « une demande sociale d’éducation focalisée sur des enjeux sociétaux » (Lange et Barthes 2021, p. 138) et « remettre le politique (au sens de la polis, la vie dans la cité) au cœur de l’école en apportant leur contribution face à des problèmes que les sciences et les pratiques sociales usuelles ne peuvent seules suffire à résoudre » (Barthes, Lange et Chauvigné 2024). Les partenariats interprofessionnels en terrain scolaire soulèvent ainsi diverses questions, quant à leurs formes (choix des partenaires, modalités des partenariats), leurs effets sur l’institution scolaire (remise en cause/reconfigurations dans la dynamique partenariale) ou leurs interactions avec la recherche (les savoirs académiques s’y révélant marginaux).

Pour traiter ces questions, la perspective choisie a été de considérer les ressources pédagogiques comme objets d’étude, dès lors qu’elles sont identifiées comme un lieu d’intermédiation entre différentes communautés ou divers acteurs (Bosler 2023). Si le terme « ressource » apparaît polysémique, on rappelle qu’étymologiquement, il est « issu du latin resurgere (rejaillir, se rétablir), [et] désigne généralement un moyen, par exemple pour faire face à une situation » (Puimatto 2014, §5). On peut également, à la suite de Loffreda, rappeler le rôle central de l’enseignant ou du formateur dans le « faire ressource », et la considérer comme « toute entité matérielle ou numérique actualisée par la pratique de l’enseignant (Projet ANR-ReVEA 2014–2018 ; Bruillard, 2019 ; Loffreda 2017 ; Maitre et al., 2018), car c’est ce dernier qui les institue comme « éducative » […] » (Loffreda 2020, 1-2).

Plusieurs orientations de recherche coexistent sur ces objets : (i) l’approche fonctionnaliste (efficacité pédagogique de la ressource) ; (ii) l’approche constructiviste (conversion et appropriation des ressources en vue de l’apprentissage) ; (iii) l’approche objectivante (ressource opératrice de médiation) (Mœglin, in press). Dans le contexte de la journée d’étude, les approches constructiviste et objectivante ont été privilégiées, dès lors que l’on a souhaité aborder la ressource pédagogique dans une triple dimension :

  • comme média, entendu ici comme « dispositif matériel affectant la manière dont la communication peut se dérouler, le rôle que les uns et les autres peuvent y jouer et les signes qui peuvent être mobilisés […].» (Jeanneret 2014, 13)
  • comme document, soit « un matériau à partir duquel de nombreuses pratiques notamment professionnelles s’organisent » (Cordier 2019, paragr. 20)
  • comme pratique discursive, résultant d’un dispositif énonciatif en interaction permanente avec les situations sociales au sein desquelles ces discours sont produits (Maingueneau 1999, paragr. 16 ; Boutet 1994, pp. 61-63)

Dans cette perspective, les ressources pédagogiques deviennent le terrain d’observation privilégié des tensions, intérêts, représentations et pratiques associées à l’éducation aux médias. Comme espaces de mise en texte des savoirs (Reuter et al. 2013, 221), elles sont polyphoniques, portent la trace du point de vue des acteurs perçus comme légitimes pour la définir, la structurer et la pratiquer.

Support visuel de l’intervention

Bibliographie indicative

Barthes, Angela, Jean-Marc Lange, et Céline Chauvigné. 2024. « Les « éducations à » : de la prise en charge des questions d’actualité à l’école aux changements de paradigmes sociétaux, éducatifs et didactiques ». In Dictionnaire critique des enjeux et concepts des « éducations à »: Édition revue et augmentée, par Angela Barthes, Jean-Marc Langé, et Céline Chauvigné. Editions L’Harmattan.

Bosler, Sabine. 2023. « Les ressources en éducation aux médias et à l’information à destination des enseignants du CLEMI : quelle(s) médiation(s) des savoirs ? » Distances et médiations des savoirs. Distance and Mediation of Knowledge, 41. https://doi.org/10.4000/dms.8856.

Boutet, Josianne. 1994. Construire le sens. Peter Lang.

Cordier, Anne. 2019. « Quand le document fait société ». Communication & Langages 199 (1): 21‑35.

Jeanneret, Y. 2014. Critique de la trivialité: Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Editions Non Standard.

Lange, J.-M. & Barthes, A. 2021.  « « Éducation à » et « questions socialement vives » : éduquer en contexte d’anthropocène. ». Carrefours de l’éducation, n° 52, 133-147.

Loffreda, M. 2020. « L’activité d’organisation des ressources éducatives par les enseignants. Problématiser et documenter leurs processus informationnels ». Actes en ligne du colloque « De la gestion personnelle des informations à la gestion des connaissances: analyser les niveaux individuels, collaboratifs et institutionnels de la gestion de l’information » (Université du Québec en Outaouais). https://www.crids.eu/rgepic/documents/loffreda-2020-l2019activite-d2019organisation-des-ressources-educative_final.pdf.

Maingueneau, Dominique. 1999. « 7. Peut-on assigner des limites à l’analyse du discours ? » Modèles linguistiques XX‑2 (40): 61‑70. https://doi.org/10.4000/ml.1409.

Mœglin, P. In press. « Préface », in Leduc, L. et I. Mayeur (éds.). Supports didactiques, ressources pédagogiques. Formes, (in-)égalités, autorités et pratiques. Liège: Presses Universitaires de Liège.

Puimatto, G. 2014. « Numérique à l’École – usages, ressources, métiers, industries ». Distances et médiations des savoirs. Distance and Mediation of Knowledge 2 (5): 5. https://doi.org/10.4000/dms.509.